jeudi, 14 avril 2011

Bye bye

Ciao ciao !

Déménagement sur http://kostarcravat.wordpress.com/

samedi, 09 avril 2011

Ce soir

Je me dis ce soir je fais tout péter. La mort est trop proche de la naissance pour ne pas être génial tout de suite. Au-dessus des rires et des éclats mécaniques, les âmes vagabondent plus près du plafond, dans les rouleaux de fumée de cigarette, elles se croisent et, à l'insu de leurs propriétaires, s'enlacent avec un érotisme scandaleux avant de trouver la sortie et de se disperser à jamais. Mon fauteuil m'avale tandis que je scrute, les yeux rouges, une joue qui paraît aussi fraîche qu'une pierre froide au sortir de la nuit, mais comment vérifier ? Quand le regard me croise, je me disloque. C'est trop d'efforts, trop d'hypocrisies pour goûter à la joue. L'homme au casque de moto et à la chemise à manches courtes accapare les attentions, ce que je peine à comprendre. En sirotant mon verre de whisky je travaille mon attitude. J'attends, au cas où. Je n'ai rien à dire. Je déchaîne les eaux d'un verre d'eau en espérant la fêlure.

KENTON SLASH DEMON - SUN by KENTON SLASH DEMON

dimanche, 20 mars 2011

Page blanche

Souris se dresse dans un coin sombre de ma chambre. Elle m'effraie un peu parce que je ne peux pas déterminer son expression, dissimulée dans la pénombre. Mais elle m'observe, et me juge. Elle sort de sa poche une petite dent de lait étincelante qu'elle polit vaguement, vieux réflexe qui, apparemment, n'a plus de sens. Je m'endors les yeux ouverts face au rongeur qui me scrute fixement. Lorsque je cligne des yeux, Souris n'est plus là. L'instant d'après, j'entends un petit grattement dans le creux de mon crâne. Elle s'est invitée dans mon âme, une grande maison de marbre et d'or qui résonne

et donne sur des petites pièces pleines à craquer de trucs en bois, de machins en plastique, un pilon et son mortier de granit froid, un vieux chat, des papiers, des papiers, des papiers. Souris farfouille dans la paperasse sous mon oeil curieux qui l'observe s'affairer depuis l'embrasure de la porte.  Le courant d'air triste du grand hall chryséléphantin vient me chatouiller l'échine, je tressaute. Comme dans les rêves elle cherche mais sans rien à trouver. Souris cherche mais ne trouvera pas. Pas grave.

 

lundi, 24 janvier 2011

Discussion de comptoir

- Tu vois ce type ?

- Non.

- Il est juste là.

- Il est de de dos.

- Il revient de loin.

- Ah ?...

- Un jour il a dit "je vais dans ma chambre." Il y est allé et il y est resté enfermé plusieurs jours.

- Tout seul ?

- Tout seul. 

- Comme Léonardo dans The Aviator ?

- Hein ?

- Comme une star déchue dégringolant la pente ?

- Je ne sais pas.

- Il buvait ?

- Je ne crois pas.

- A-t-on entendu des cris de douleur ou de folie ?

- Pas à ma connaissance.

- Tout cela me semble vain et sans intérêt.

- C'est ce qu'on dit. Il est entré, il est resté, il est sorti. Je crois qu'il essayait d'arrêter le temps.

- Qui peut croire pouvoir faire ça ?

- Quand il est sorti, il a dit "je suis mort." Puis il est parti dans la cuisine se faire un club sandwich.

- Incroyable.

- Tiens, regarde, il te sourit.

 

dimanche, 23 janvier 2011

Vagabond va

L'homme était sur son balcon, clope au bec (pour mieux penser), contemplant vaguement les briques rouges et les toits plus rouges encore, cherchant moins qu'attendant un petit signe de vie, une silhouette au loin qui ferait comme lui : glandouiller sur son balcon. Mais rien - on était en janvier. Seules quelques corneilles sautaient de branche à corniche, visiblement plus occupées à subsister qu'à glandouiller. Bref, personne pour lui répondre, alors il se mit à chercher une signification à tout cela. Rien d'existentiel, non, mais plus modestement : "toutes les cheminées se ressemblent", "cette rue n'est pas très orthogonale" ou "le vol des oiseaux a-t-il un sens ?" Bien sûr que oui : rappelle-toi des augures du cours de latin. Alors il commença à penser à cette professeure de latin qui avait parfois des airs d'haruspice. Terrifiant.

vendredi, 21 janvier 2011

La voûte du temps

Il m'arrive des choses étranges. J'étais dans cette cave, l'autre nuit. Chaleur suffocante, verres colorés avec parasols, filles qui susurrent aux oreilles. Soudain les lumières s'éteignent ; la sueur se glace sur les pierres lisses ; les bouts des cigarettes rougissent comme des cyclopes sans âme : soudain je suis si seul. Le sol se dérobe, le temps n'existe plus. Je suis vieux ; autour de moi, des cadavres, les bras en croix sur la poitrine, me sourient ; je prends note. Pour plus tard.

jeudi, 09 décembre 2010

Des cris dans la nuit

Il m'arrive de penser que la bière vient à moi plus que je ne viens à elle. Un jour, dans mon lit, je me dirai que j'ai vécu plus que la moitié de ma vie. Je me rappellerai brutalement que le temps s'écoule. Je verrai les étoiles tomber dans des lacs d'eau glacée. Je prendrai mes jambes à mon cou. Je creuserai à mains nues dans la terre froide. Je poursuivrai l'enfance de mon âme et me tuerai d'excès pour me convaincre de l'avoir retrouvée. Je vieillirai. Je mourrai. Et le monde mourra avec moi.

mercredi, 08 décembre 2010

Ritournelle

Prends un verre

Prends la solitude

Prends un autre verre

Prends-toi un ennemi

Prends le train

Prends-toi des amis

Prends d'autres verres

Prends la solitude

Prends un verre

Prends

Prends

Prends.

lundi, 25 octobre 2010

Le mythe

Ford Mustang. 1966 l'année du modèle. Rouge. Derrière mes Ray-Ban dorées couleur soleil levant, mon oeil est celui d'une chouette. Alerte. J'écrase un dernier mégot sous ma Converse noire. Le monstre se dresse sur la route à une voie, projetant son ombre jusqu'à mes orteils. "Quand l'ombre me touche le bout du pied, je sors l'artillerie." Ca y est. La bête noire me crache son sang pétrole à la gueule. Je fais cracher la poudre. Combat sur une ligne au milieu du désert. Combat qui résonne aux oreilles des vautours endormis. Combat en deux dimensions. Le temps n'est plus. Il n'a jamais été. J'ai trouvé le sens de la vie. Tout peut s'arrêter.

mardi, 12 octobre 2010

Le jeune homme qui se croyait narcissique

Non pas qu'il fût favorisé par la Nature ; mais c'est sa fragilité qui le rendait beau. Son être inspirait la certitude qu'à tout moment, ses yeux cernés de gris auraient pu s'éprendre de la chose la plus infime. Il nous est apparu : il revenait pour mieux s'en aller. Il ne dit pas un bonsoir mais plusieurs, un à chacun. Ses yeux bravaient leur timidité pour se braquer sur vous avec un tendre aplomb. Puis il prenait maladroitement la fuite, s'excusant presque d'avoir dit le fond de sa pensée avec un simple salut. Il se reprocherait pendant quelques heures au moins cet excès de scrupule. Toujours, il remplaçait un trouble par un autre. Quant à nous, nous avions appris qu'on peut être hautement instable et pourtant bien entier.