26.05.2008

Le passé sera toujours mythique

Si tu vivais sur une planète lointaine, dans un million d'années, qu'on te disait que les premiers humains avaient vécu un million d'années plus tôt sur la Terre

le croirais-tu ?

25.05.2008

Reste la nostalgie

Il y a des rêves si réussis que le réveil déçoit
Et des éveils si beaux que le sommeil attendra

Elsa

free music

13.05.2008

La pierre froide

Le Grand Roi considérait ses deux paumes ouvertes : sur l'une, une pièce d'or ; sur l'autre, une pierre ronde et fraîche. Un vieux lutin les lui avait données pour le jeter dans la tourmente (car telle était la plus grande distraction des lutins), lui disant qu'il reviendrait à l'aube ; alors le Roi devrait lui rendre l'un des deux objets : celui que la nature avait poli selon son dessein, ou celui que l'homme avait frappé à son effigie. Le Roi regarda sa montre : 5 heures du matin. Et il n'avait toujours pas décidé. Il fixait une main, puis l'autre, regardait de temps en temps autour de lui, mais ni le lutin redouté ni l'aide espérée ne se présentaient. Le ciel devint rose : le vieux lutin devait arriver. Il fallait prendre une décision.

|| Pause

Ici toi, lecteur, doit choisir ce que fera le Roi et quelle sera sa destinée :

Option 1 :
Le Roi choisit de rendre la pièce de monnaie au lutin. Ayant lu un certain nombre de contes, il se doute bien que la pièce lui apportera la richesse mais aussi de nombreux malheurs. Voulant préserver son royaume, il garde la pierre.

Option 2 :
Le Roi choisit de rendre une pierre sans grand intérêt et de garder la pièce. Quitte à faire un choix impossible, autant garder l'objet qui a quelque valeur.

Option 3 :
Le Roi, perdant son sang-froid, décide de jeter les deux objets par la fenêtre.

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Si vous avez choisi l'option 1 :

Le lutin apparut à la fenêtre. Le Roi, dont la décision était fermement acquise, se précipita vers lui mais se pris les Converse dans son grand manteau pourpre et trébucha, lâchant la pierre qui traversa la pièce et atterrit dans les mains du lutin. Celui-ci examina la pierre et jeta un regard plein de sous-entendus au Roi qui, paralysé par la tournure impromptue qu'avaient pris les événements, resta bouche bée et ne put même pas protester. Le lutin pris une voix grave et entonna : "Un grand malheur s'abattra sur ton royaume, petit roi de pacotille qui préfère l'or et la luxure à la simplicité de la pierre !". Alors le Roi, de désarroi, s'empara d'une pique à brochette qui rougissait dans l'âtre et s'apprêta à se l'enfoncer dans la gorge. Mais à ce moment précis le lutin éclata d'un rire aigu et, reniflant de jubilation entre deux phrases, dit au roi : "T'es con ou quoi ? Je suis lutin, par sorcier ! Rien ne va arriver à ton royaume, coco ! T'aurais du voir ta tronche, j'ai du me retenir de pas pisser dans mon pagne ! Allez, va te coucher, tu dois récupérer de ta nuit blanche ! Ahahaha ! Putain c'est la meilleure que j'ai jamais faite celle-là, faut que je la raconte au cousin Willy !". Des flammes embrasèrent les yeux du Roi, qui l'avait vraiment mauvaise. Dans un geste aussi puissant que précis, il lança la pique à brochette chauffée à 950° qui transperca le crâne du lutin, pile dans l'oeil gauche. Le petit corps chétif tomba inerte au pied de la tour royale, et un courtisan qui passait par là le pris pour un kebab et le croqua.

Si vous avez choisi l'option 2 :

Le lutin revint finalement. Le roi lui donna la pierre et le lutin, sans un mot et sans un bruit, repartit dans sa tanière. Belle inspiration pour le Roi qui, à dater de ce jour, non seulement fut immensément riche mais aussi épousa la plus belle femme du royaume, en eut 5 enfants beaux, intelligents et robustes, eut les maîtresses les plus agréables (sans que sa femme le sache), roula en Ferrari et devint une rockstar, tandis que son peuple prospérait et organisait régulièrement des banquets en son honneur. Ah oui, il vécut aussi très vieux et ne fut jamais malade (à part un petit rhume de temps en temps).

Si vous avez choisi l'option 3 :

Le roi lança les deux objets par la fenêtre. La pièce tomba dans la fontaine du château, et depuis une tradition stupide veut que l'on y jette de temps en temps une pièce pour se porter chance. La pierre, elle, s'écrasa sur le crâne mou du lutin, qui fut assommé. Humilié, il rentra chez lui et écrivit une lettre parfumée au bougainvillier pour déclarer la guerre au Roi. Celui-ci, qui n'était pas contre une petite baston pour se dérouiller, rassembla quelques 15.000 hommes et se rendit au lieu du rendez-vous, c'est-à-dire dans la plaine (un bon endroit pour les grosses batailles). Mais en lieu d'armée, le lutin n'avait qu'un campagnol de guerre enragé ; il s'excusa, mais il avait oublié que les lutins étaient en voie d'extinction. Le Roi lui fit remarquer que c'était justement parce qu'ils s'obstinaient à déclarer la guerre à tout bout de champ. Cette réponse fit marrer le lutin ("c'est tellement vrai !", disait-il), ce qui détendit l'atmosphère. Alors le Roi et le lutin firent la paix, et devinrent même bons amis, ce qui n'était pas trop tôt, puisque Billy était le dernier de son espèce.

23.04.2008

Cordon

Je suis horizontal dans l'eau, dos au soleil - de plomb. C'est pas comme si je nageais : le courant me porte et je flotte dans cette eau brune, la tête relevée, le menton mouillé. Un Africain avance à ma droite, beaucoup plus à l'aise : il nage, lui, bien qu'il ait une lance en main. Cette rivière est comme celle que l'on voit traversée par des gnous en migration, à ceci près qu'elle est étroite et bordée d'herbe hautes. Impossible de voir au-delà des berges. Je commence à sentir des trucs dans l'eau. Visqueux, gluant, glaiseux... J'y vois rien dans cette eau boueuse, ça fait un peu peur de sentir des trucs comme ça, sans savoir ce que c'est. Heureusement, l'Africain me met en confiance : il me dit ce que je touche, au moment où je le touche, comme s'il était moi ou comme s'il était la rivière, ou entre les deux.

D'abord c'est la terre sous moi. Je ne sais pas ce que fait de la terre, comme ça, comme en banc de poisson. En tout cas, elle est vivante.
- Argile, me dit l'Africain.

Avançant toujours, je sens sous moi une peau épaisse et visqueuse.
- Crocodile.
Alors je tends la main pour sentir. L'idée de me faire bouffer un bras m'effleure, mais je n'ai pas peur parce que l'Africain est là.
Je sens : la gueule... les dents... la langue... Et je remercie en esprit le croco d'avoir résisté à la tentation de refermer sa mâchoire sur mon frêle et curieux avant-bras.

Virage à droite. La rivière se resserre, les berges deviennent plus escarpées, plus hautes. Je suis de moins en moins à l'aise. Déjà, je ne vois plus le ciel. Puis, ce qui devait arriver arrive : cul-de-sac. Pour le coup, l'Africain lui-même est désemparé. Son regard me dit : que je sois fou car les rivières ne s'arrêtent pas comme ça, au milieu de nulle part. Panique. L'Africain veut faire marche arrière, mais quelque chose - je ne sais pas quoi - l'arrête et il pousse un hurlement de terreur. Moi, je cherche une issue : je soulève les feuillages et découvre que la berge n'est plus la belle terre rouge du début mais du plastique blanc brillant, comme dans une biosphère artificielle et futuriste. Cette fausse berge a la forme des porte-bagages des avions. L'horreur m'envahit : je regarde autour de moi. L'eau n'est plus brune mais bleu-foncé. Il ne fait plus chaud : un vent frais s'est levé et me fouette le visage. Alors un treuil descendu de nulle part m'attrape sous les aisselles et me hisse jusqu'en haut des berges, que je vois se refermer sur l'Africain qui hurle à qui pourra l'aider. Il aura fallu moins d'une seconde pour que toute la rivière soit ensevelie et l'Africain avec. Moi, je suis sur la place d'une ville bruyante, encore trempé et frigorifié. On m'a tendu une couverture et on me dit que j'ai eu de la chance. Une femme que je ne connais même pas me serre dans ses bras. Moi, je pleure mon âme pour quelques milliers d'années enterrés vivants.

12.04.2008

L'hypocrisie moderne (la vie c'est pécho c'est tout #1)

"Je me sens actuellement concerné par 782 causes existencielles et suis membre d'autant de groupes sur Facebook."

04.04.2008

Phtshp #

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06.02.2008

Le mystère résolu

Les rêves recolorent chaque nuit le monde qui tend à devenir gris.

L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt

C'est surtout le lever du soleil qui leur appartient. Cela dit, il appartient aussi à ceux qui se couchent très, très tard - et qui donc se lèvent pas tôt du tout.

...

*voix du fond de la salle* : "T'en as encore d'autres des conneries comme ça ??"

18.01.2008

La crème du Net

Il semble que tout ce qui se fait de pire en matière d'internaute haineux et con ait décidé de se rassembler sur les sites d'actualité. Point de concertation là-dessous ! Preuve en est que, non content de cracher leurs ressentis agressifs à la face du monde, ils s'entre-déchirent dans un joyeux concours d'insultes toutes plus marrantes les unes que les autres, avec toujours la conviction profonde que leur avis est le bon et que tous ceux qui ne sont pas d'accord n'ont qu'à "fermer leur gueule". Xénophobie, homophobie, extrémisme politique ou religieux : rien n'est trop beau pour assortir et appuyer son commentaire personnel sur l'actualité. D'aucuns espèrent, en produisant ce type de littérature inspirée, entrer dans le panthéon de moins en moins privé de ceux qui ont déchaîné le débat entre internautes flétris du bulbe le lundi après-midi après le boulot, entre 5h et 5h09.

Ces apprentis pamphletistes n'arrivent pourtant pas à la cheville du pire des diffamateurs. Car là où ces derniers ont au moins le mérite d'avoir quelque argument, même le plus malhonnête qui soit, nos intéressés n'ont généralement pour toute répartie qu'un lot d'insultes (et de fautes d'orthographe) souvent bien vite épuisé. Et pourtant, cette espèce très particulière a conquis et fait sienne la demi-page des "commentaires des lecteurs" de l'actualité. Un royaume désormais si bien gardé qu'on se garderait bien d'y aller faire un tour pour oser publier une opinion dotée d'un semblant de nuance ou de bon-sens. Car alors les aboyeurs de la toile s'unissent pour un bref instant, le temps de repousser la menace éphémère d'un égaré aux bonnes intentions, avant de reprendre leur éternelle fusillade.

L'internaute au sang chaud se reconnaît facilement pour un initié. Premièrement, il n'habite nulle part, sauf peut-être dans des lieux comme "nulle part", justement, "la planète sans sarko" ou encore "la galaxie anti-socialo". Il réalise, par ce procédé, un double objectif : occulter son véritable lieu de résidence (car à force, on se crée des ennemis) et, bien souvent, exposer sa devise personnelle, qui s'inscrit systématiquement en négatif (l'internaute au sang chaud est toujours "contre", jamais neutre et jamais "pour"). Le deuxième objectif étant garanti "safe" par le premier... Autre caractéristique : une orthographe à se manger un dico, même lorsqu'il se donne à fond. Ce n'est pas un jugement de valeur, juste un constat. Et bien sûr, cela va de pair : une ponctuation chaotique et déstructuraliste assortie d'une mise en page digne d'un ivrogne écrivant avec un pic et un maillet. Enfin, dernier signe distinctif (et pas des moindres) : un potentiel hors-norme d'agressivité malsaine optimisé par une absence d'esprit critique totale, voir d'esprit tout court. A bon entendeur !...